Nous sommes partis découvrir une ville aussi fascinante que déconcertante: Pékin.  La capitale chinoise a une longue histoire, mais la vitesse fulgurante de son développement et le remodelage de l’espace urbain constituent une rupture importante que ce voyage d'étude voulait aborder. L’ouverture au monde, la libéralisation économique, la marchandisation de l’espace urbain sont passées par là.  La ville serait en train de se « normaliser » dans le sens où la elle serait en train de suivre une trajectoire semblable dans n’importe quelle autre métropole du monde, venant atténuer l’exotisme qui entoure les villes chinoises. Pékin se pense  désormais en métropole hypermoderne  qui pourrait rivaliser avec Shanghai et d’autres grandes métropoles du monde. Mais cette modernisation à marche forcée a un prix. La métropole, très attractive, s’est étalée sur plus de soixante kilomètres, posant d’innombrables problèmes de transport et de pollution.  Dans le centre, les destructions se sont enchainées  posant la question de la préservation du patrimoine. Obsédés par leur passé, et en même temps presque indifférents aux héritages matériels du passé, les pékinois semblent absorbés par la modernité. Une ville et une société nouvelles sont en train d’émerger.

 

 Ce voyage est le fruit d’une année de travail consacrée à la géographie de la Chine avec notre professeur de géographie, Benjamin Pomier.  Munis de nos appareils photo et de nos plans,  nous avons sillonné la métropole en saisissant sur le vif ce  qui nous paraissait refléter au mieux les transitons rapides auxquelles sont confrontés l’espace urbain et ses habitants.

 

Le vieux Pékin: à la croisée des chemins

A l’intérieur de la muraille, flanquée de 16 portes (Men), s’étend le « vieux Pékin ». Entre les grandes artères qui se coupent à angle droit se trouvent des îlots aux ruelles tortueuses: les hutongs. Largement prisés par les touristes aujourd’hui, ces vieux quartiers sont depuis une vingtaine d’année la proie des destructions ou des opérations de rénovation, parfois très loin des matériaux d’origine. La ville de Pékin s’est saisie de la question et a délimité des secteurs patrimoniaux à préserver. Comme dans toutes les grandes métropoles, ces centres rénovés, souvent pourvus de quartiers « banchés » ont vu leur prix au mètre carré  s’envoler. Les vieux quartiers relookés attirent aujourd’hui une nouvelle population aux revenus élevés qui vient peu à peu remplacer une population qui était là depuis des années. A Pékin aussi, la gentrification du centre-ville est devenue une réalité.

 

Marco polo à Pékin     

« Or vous ai devisé des Palais du grand Khan et de son fils. Or vous conterai de l’état de la grande ville de Catai nommée Cambaluc où sont ces palais, et vous dirai pourquoi fut faite et comment. (…) Elle a vingt-quatre milles de tour, donc chaque face a six milles, car elle est exactement carrée, et il n’y a pas plus d’un côté que de l’autre. Elle est murée de murs de terre qui ont environ dix pas d’épaisseur dans le bas, et plus de vingt du haut. Ils sont entièrement crénelés et blancs. Il y a douze portes, et sur chaque porte il y a un très grand et beau palais (…). Et vous dis encore que toute la ville est tracée au cordeau: les rues principales sont droites comme un I d’un bout à l’autre de la ville, et si grandes et si larges que celui monte sur le mur à une porte, il voit à l’autre bout de la porte de l’autre côté, et elles sont ainsi faites que chaque porte se voit de l’autre. Partout, le long des principales rues, il y a échoppes et étalages de toute nature, maints beaux palais et belles auberges, et maintes belles maisons. Tous les terrains où ils sont bâtis sont carrés et tracés au cordeau dans toute la ville, et sur chaque terrain sont de spacieux palais avec cours et jardins. »

 

Le Devisement du monde, Le Livre des Merveilles I, écrit en 1298

 

 


Cité interdite

La Cité Interdite est une ville dans la ville. Construite au XV° siècle, elle s’étend sur 72 hectares et constitue toujours le cœur de Pékin autour duquel s’organise tout l’espace urbain. Pendant près de 500 ans, elle fut la résidence du « Fils du Ciel » qui y dirigeait son Empire de manière très centralisée. Miraculeusement épargnée, elle a échappé aux affres de l’histoire mouvementée de Pékin, y compris à la Révolution Culturelle. Et même à l’enseigne Starbucks qui y avait ouvert un café en 2002, finalement fermé cinq ans plus tard.

 

Galaxy Soho

« Peut-on oublier que Pékin, il y a encore vingt ans, était toujours une des plus belles villes du monde, dont le plan était l’une des conceptualisations les plus parfaites de la pensée urbaine, et dont les constructions horizontales et serrées respectaient les monuments, leurs formes et leurs hauteurs? », s’interrogeait Zhang Liang dans La naissance du concept de patrimoine en Chine (2003). Si les grands ensembles patrimoniaux sont largement préservés par la Municipalité et l’Etat, le patrimoine « ordinaire », considéré lui comme sans intérêt par les autorités, ne résiste pas à la pression foncière et cède la place aux centres commerciaux.

 

destruction programmée

Ce vieux hutong n’est pas en bon état, et pourtant des pékinois y habitent encore. Mais pour combien de temps? Le centre-ville est devenu un enjeu financier irrésistible pour les spéculateurs immobiliers et ce hutong délabré ne pourra pas longtemps résister. Depuis les années 1990, 600 hutongs comme celui-ci ont disparu, soit plus de  7 millions de mètres carré rasés. Considérés par beaucoup de pékinois comme les avatars d’un passé révolu et dépassé, les immeubles qui le remplacent sont  à l’inverse les symboles de la modernisation. Comme à Paris àl  l’époque des travaux d’Haussmann, la rénovation urbaine est une nécessité, plus que la préservation.

 

rénovation

Tous les hutongs ne sont détruits pour laisser la place à des constructions modernes. Certaines siheyuan –maisons typiques à cour carrée—sont rénovés transformées en loft spacieux, en restaurants, en bars « branchés », en boutiques, de luxe la plupart du temps.  La rénovation succède à une démolition, car la réhabilitation serait plus onéreuse ou impossible. Les hutongs sont ensuite reconstruits à l’identique dans des matériaux modernes. Ce processus de rénovation des quartiers anciens centraux contribue à faire exploser le prix au mètre carré. Ce processus discret de renouvellement du bâti et d’embourgeoisement porte un nom: la gentrification.

 

fLâner dans le vieux pékin...

Une extension concentrique de la ville

 

La superficie urbanisée à Pékin a été multipliée par 30 depuis le début des années 1990 pour atteindre aujourd’hui plus de 2000 km². Au-delà du centre, où la densité au mètre carré reste très forte (24 000 hab./km²), et de la couronne péricentrale délimitée par le 5e périphérique, les périphéries suburbaines sont moins compactes. Il subsiste quelques espaces ruraux, et aux petits bourgs industriels viennent se greffer de nouveaux quartiers d’habitations. La croissance urbaine périphérique s’opère par densification globale, autour de noyaux préexistants ou de centres créés de toutes pièces (villes-nouvelles). Néanmoins, les tentatives de rééquilibrer la métropoles en créant des centralités en périphérie n’ont pour l’heure pas été des réussites, et la ville-centre continue de drainer des flux incessants de pékinois venus de la lointaine périphérie.

 

C’est aussi dans ces marges suburbaines que s’exprime le mieux le caractère dual de la société pékinoise. Une diversité qui n’existait pas dans la ville maoïste égalitariste et au développement urbain contrôlé. D’un côté les travailleurs migrants (Mingongs) venus des campagnes et qui trouvent difficilement à se loger dans des taudis urbains, de l’autre côté les résidences fermées luxueuses de très riches sur le modèle américain Les deux, presque face à face de part et d’autre de la même rue.

 

 

 


AUX MARGES DE LA VILLE

Station de métro Shangezhuang. Aux confins de la ville, les immeubles poussent comme des champignons sur des champs encore cultivés il y a quelques années. Dopé par l’exode rural, des prix bas et par la spéculation foncière, l’immobilier est un marché florissant à Pékin. « Quand le bâtiment va, tout va », dit-on. C’est d’ailleurs aujourd’hui le principal moteur de la croissance économique chinoise (50% de son PIB). Mais cette dépendance à l’immobilier a ses limites. La bulle immobilière menace à tout instant d’éclater, et déjà un grand nombre d’immeubles ne trouve plus preneur.

 

mapple close(d)

Périphérie Nord-Ouest. Cette villa cossue, au style américain revendiqué, s’insère dans un vaste complexe résidentiel fermé, dans la banlieue nord-est de Pékin, près de la route de l’aéroport. Dans les années 1990, l’essor des nouveaux riches a provoqué une forte demande en complexes résidentiels de luxe fermés (Bieshu) Ces « nouvelles cités interdites » sont l’expression même d’une forme de ségrégation socio-spatiale qui ne va pas de soi dans un pays communiste. Elles constituent des lieux de vie quasi-autonomes avec commerces, piscines, golfs, courts de tennis, et se situent en majorité sur l’axe qui relie l’aéroport international à la ville-centre.

 

freedom

Dashanzi. C’est à l’abri que naît la flamme. Dans ce quartier d’artistes, situé dans une ancienne usine désaffectée de la banlieue nord-est, les artistes peuvent s’exprimer librement et donner cours à leur créativité, notamment dans le domaine du Street Art. Cet art éphémère traduit les crispations de la société en matière politique et demeure l’une des principales formes de contestation sociale. Lorsque nous sommes revenus dans le quartier le lendemain, le graph avait disparu.

 

Du vélo à la voiture

 

Encore dans les années 1990, Pékin restait la ville du vélo. Sous la période maoïste, ce mode de déplacement avait été largement encouragé par les autorités. La ville avait été équipée de voies réservées, d’espaces de stationnement, de feux tricolores, etc. Cette situation, très particulière dans le monde, change à la fin des années 1990. L’ouverture au commerce extérieur, l’occidentalisation des modes de vies, ainsi que l’étalement urbain en périphérie, ont provoqué un engouement massif pour l’automobile. Les chinois parlent même aujourd’hui d’une « civilisation de l’automobile » (Qiche wenming).

 

Il a donc fallu adapter le réseau routier en construisant des autoroutes urbaines toujours plus longues. Cela ne suffit pas néanmoins à éviter les encombrements colossaux qui asphyxient la ville. D’autre part, le coût environnemental est particulièrement élevé. A la pollution issue de la combustion du charbon s’ajoute désormais la pollution issue des gaz d’échappement.

 

 

 


heure de pointe

Place Tian An Men. Le métro de Pékin a été inauguré en 1971 avec deux lignes. Il en compte aujourd’hui 15, et presque chaque année une nouvelle ligne est construite. Les 319 stations se répartissent sur un réseau de 540 kilomètres, le deuxième du monde après Shanghai, et juste devant Londres (402 km). C’est aussi l’un des plus fréquentés du monde avec plus de 3.4 milliards de voyageurs par an (trois fois la fréquentation de celui de Paris). Aux heures de pointe, l’attente peut dépasser parfois plus d’une heure pour pouvoir accéder aux quais.

 

trafic

"Pascal", notre guide, est le seul a garder son flegme tout pékinois au milieu de l'invraissemblable cohue des vélos et des scooters. Quant à nous, nous avions sortis nos masques tant la pollution dégagée par le trafic irritait la gorge et les yeux.

metro

Dans les entrailles du plus grand métro du monde

L’urbanisme au photocopieur

 

« La ville contemporaine est-elle - comme l'aéroport contemporain : « toujours pareille »? Cette convergence, peut-on la théoriser? Et dans l’affirmative, vers quelle configuration tendrait-elle? Celle-ci n'est possible qu'à condition d'évacuer la notion d'identité, ce qui est généralement perçu comme une perte. Étant donné l'ampleur de ce phénomène, il a forcément une signification. Quels sont les inconvénients de l'identité et, à l'inverse, les avantages de l'impersonnalité ? Et si cette homogénéisation apparemment fortuite (et habituellement déplorée) venait d'une intention, de l'abandon délibéré de la différence au profit de la similarité ? Peut être assistons-nous à un mouvement de libération mondial: « À bas le singulier! » Et que reste-t-il, une fois éliminée l'identité ? Le générique. »

 

Reem Koolhaas*, La ville générique, 1994

 

(* architecte et urbaniste néerlandais, il a réalisé notamment la tour CCTV à Pékin)

 

 

 

La ville mondialisée

 

Un Pékinois qui se serait absenté de Pékin pendant vingt ans et qui y reviendrait vingt ans plus tard reconnaîtrait-il sa ville ? Rien n’est moins sûr. L’explosion urbaine, la mondialisation et son corollaire –la métropolisation—sont passés par là et ont considérablement transformé le visage de la ville, ambitionnant de devenir une métropole mondiale et mondialisée. La Chine a connu de profondes transformations qui affectent la fabrique de la ville: importation de modèles, occidentalisation, diffusion de l’automobile,  grande distribution, touristification, fast-foods, quartiers d’affaires, etc. Comme d’autres grandes métropoles chinoises, Pékin est-elle en train de devenir une « ville générique » face à l’extension d’espaces toujours semblables dans le monde et la perte de singularité ?

 

 

 


CCTV TOWER

Cette tour abrite le siège de la télévision chinoise CCTV depuis 2012. Elle a été conçue par l’architecte international Reem Koolhaas et s’insère au milieu d’autres tours, toutes plus audacieuses les unes que les autres, dans le Central Business de Pékin située à l’est de la ville. Chaque C.B.D., vitrine de la ville globale, doit avoir sa tour totem. Shanghai a la tour de la Perle d’Orient, Pékin a la CCTV Tower. D’autres tours, toujours plus hautes et toujours plus audacieuses, sont en construction. Car la concurrence entre villes globales ne s’arrête jamais.

 

wangfujing road

La rue Wangfujing se situe dans le quartier de Dongcheng, à quelques centaines de mètres à l’est de la Cité Interdite. C’est la plus grande rue piétonne et commerciale de Pékin. Toujours très animée, elle est bordée de grands magasins (les plus grandes enseignes internationales), de centres commerciaux et de fast-foods. Jusqu’aux années 2000, le concept de rue piétonne était totalement étranger à la culture urbaine chinoise. C’est un modèle importé et reproductible à l’infini: même pavage, même mobilier urbain, mêmes enseignes. La rue piétonne symbolise la standardisation de l’espace urbain mis au service de la consommation de masse.

 

world city

tourisme

Avec 14 millions de touristes par an en moyenne (dont 10 millions de touristes chinois), Pékin est l’une des villes les plus visitées de monde. L’ouverture de la Chine au monde et le goût récent des chinois pour le tourisme ont obligé à repenser les centres anciens patrimoniaux en ressource touristique. Le patrimoine se vend comme un produit adapté au consommateur en demande de récits, en même temps qu’un luxe importé d’Occident.

 

Evolution du nombre d'habitants

Communautés en archipel

 

« Ecole, unité de travail, comité de quartier, association émanant du Parti… La Chine officielle est un monolithe. Au-delà de la façade pourtant, on découvre une société plurielle, fragmentée, éclatée en groupes ou en générations qui, à la faveur de la réforme économique et de la révolution urbaine, expérimentent de nouveaux types de relations sociales. Alors que la sphère privée tend à s’autonomiser par rapport à l’Etat; la société urbaine se reconfigure par groupe d’intérêts, d’affinités, de sensibilités, archipel de communautés nouvelles où l’acte d’adhésion tient du libre choix et non plus de la contrainte politique. Tant que ces nouvelles sociabilités ne déstabilisent pas la fiction de la Chine officielle, le régime les tolère. Les Yuppies, les artistes, les retraités ou les intellos ont désormais leurs carrefours, leurs adresses, où ils peuvent cultiver –avec prudence—leur passion commune. »

 

Frédéric Bobin et Wang Zhe, Pékin en mouvement, Autrement, 2005

 

 

 

Casse-tête démographique

 

Combien sont les Pékinois ? La réponse n’est pas simple en raison des découpages administratifs et de la population flottante non répertoriées dans les statistiques. La Municipalité de Pékin, territoire administratif, compte 19 millions d’habitants permanents sur 17 000 km². Mais l’espace urbain aggloméré en dénombrerait environ 13 millions. Il faut rajouter à ces chiffres les résidents non permanents qui représenteraient entre 5 et 7 millions de personnes. Le « Grand Pékin » englobera lui la totalité de la province du Hebei, les municipalités de Pékin et de Tianjin. Si ce projet se réalise, la mégalopole  - baptisée JingJinLi—s’entendra sur 215 000 km² pour une population de 105 millions d’habitants !

 

Le maoïsme a longtemps cherché à maîtriser la croissance urbaine d’un point de vue démographique, grâce au contrôle de l’exode rural à travers la mise en place du hukou (passeport intérieur) et en fixant les habitants de Pékin dans leur unité de travail (Danwei). Ainsi, à l’inverse de ce qui se passait dans d’autres pays du Tiers-Monde, la Chine n’avait pas connu le développement incontrôlé des mégapoles. C’est aujourd’hui le contraire. La Chine post-maoïste est sans doute le pays le plus marqué par la révolution urbaine. Chaque année, 30 millions de chinois viennent s’installer dans les métropoles. Ainsi, en vingt ans, le nombre de pékinois a doublé.

 

 

 

 

 


la retraite en chantant

Parc Tian Tan.  Le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans a été multiplié par deux en l’espace de trente ans à Pékin. On les retrouve le matin dans les parcs de la ville, comme au parc du Temple du Ciel. Ils font de la gymnastique, du Tai Chi, jouent au xianqi ou au Mah-jong, et chantent .Une véritable passion à Pékin, une ferveur quasi religieuse . Pour cette génération qui a grandi sous l’époque maoïste, cette façon de s’approprier l’espace urbain s’explique aussi par l’absence de délimitation nette entre espace public et espace privé, mais surtout par l’envie d’être ensemble, tout simplement, solidaires.

 

enfant-trésor

Rue Qianmen.  En 1964, 41.5% des pékinois avaient moins de 15 ans. Les enfants ne représentent plus que 11% de la population de la ville. Cette situation est en grande partie liée aux changements de comportement démographique et à la politique de l’enfant unique, instaurée en 1979, et qui a fait chuté drastiquement la natalité. Hyperchoyés, hypergâtés, objets de surinvestissement familial, ces enfants uniques sont très précieux, ce qui leur vaut souvent les qualificatifs de « petits empereurs », « petites princesses » ou « enfants-soleil ».

 

mingongs

Shangezhuang. La croissance rapide de Pékin a attiré beaucoup de paysans pauvres venus y chercher un travail mieux rémunéré, mais souvent pénible. On ne sait pas exactement combien ils sont, mais à l’échelle de la Chine, ces  mingongs représenteraient 20% de la population urbaine. Certains emplois dans les métropoles sont systématiquement occupés par les migrants: ouvriers dans le BTP, dans les usines, plongeurs, agents de sécurité, personnel de ménage, etc. Mais leur situation est précaire. Souvent sans hukou (titre de séjour intérieur), ils n’ont pas accès au logement, aux soins, à l’éducation, ni aux prestations sociales.

 

épilogue

« Le changement que nous vivons est absurde au dernier degrés. Je l’abhorre. Cette ville exerçait jadis une puissante attraction qui faisait l’effet d’une drogue pour ceux qui l’aimaient. Ses résidents ne pouvaient s’en arracher. Le caractère le plus profond de Pékin, c’était son calme, son harmonie. Il y avait des vieux monuments des hutongs reliées entre elles, pleines de personnes âgées, de vendeurs à la criée, d’oiseaux sifflants. Chaque hutong, chaque Siheyuan avait une histoire. Des personnages célèbres y avaient habité. Quand je suis allé à Londres, j’ai pu m’imaginer Oliver Twist dans un vieux quartier de la ville. Quand je suis allé à Paris, j’ai pu imaginer la Révolution de 1789 sur la place de la Bastille. Les quartiers de ces villes sont encore chargés de mémoire. Mais Pékin ? Quelle mémoire renvoie le nouveau Pékin ? Pékin a perdu son caractère. Pékin est-elle devenue la putain d’Atlanta ? On peut toujours se consoler en se disant qe toutes les villes chinoises connaissent le même sort. Que vous alliez à Pékin, Shanghai, Canton ou Chongqing, ce sont les mêmes ravages de l’urbanisme sauvage. Et puis, il faut dire les choses. Beaucoup de nos fonctionnaires qui sont aux commandes sont incultes ou mal éduqués. Leur obsession est de se précipiter dans l’urbanisation pour renvoyer au monde l’impression que la Chine s’est modernisée. Et puis il y a la pression des promoteurs immobiliers, que le gouvernement contrôle mal. Ces fonctionnaires et promoteurs s’entendent bien entre eux. Notre monde est devenu fou. Ces gens-là ne rêvent plus que de terrains de golf. Le capitalisme à la chinoise manque de maturité. Il est cru, sauvage. Derrière la question immobilière, il y a la question sociale, le creusement des inégalités entre riches et pauvres. »

 

 

 

Xu Xing, propos recueillis par F. Bobin dans Pékin en mouvement, éditions Autrement, 2005

 

Xu Xing est écrivain. Né en 1956 à Pékin, il est notamment l’auteur du recueil Variations sans thème (2003) et de documentaires comme A Chronicle of my Cultural Revolution (2007) et 5+5 (2013). Xu Xing partage l’intérêt du célèbre écrivain Lao She (1899-1966) pour les gens ordinaires de Pékin.

 

 

 

les auteurs

Ce voyage a fait l'objet d'une exposition des photographies à la médiathèque de Meaux du 10 au 25 octobre 2016.

Martin BRETTEGNIER, Amélie BOULAY, Aurore DESHAYES, Chloé FEYEN-GOULON, Imane FLAMANT, Lou FISHER,
Rachid FOFANA, Alicia FRANCOIS, Maëlys GAILLET, Léa HARDY, Axelle HIVET, Cléa HUMBERT, Pauline LEPREVOST, Anouchka MOULLE, Marie-M. PAILLET

 

remerciements

Nous tenons à remercier tous ceux qui ont rendu ce voyage et cette exposition possibles:

Monsieur Jean-François Copé et le Conseil Municipal de Meaux, Madame Clothilde Périgault (Conservatrice en chef des médiathèques de Meaux), Madame Pierrette Guiffard (assistante de conservation), Monsieur Wang Wei (directeur du Musée de la planification urbaine de Pékin), Madame Corine Bomati (proviseure du lycée Jean Vilar), Madame Marlène Mouketo (agent comptable du lycée Jean Vilar), la société BECAM, Monsieur Benjamin Pomier (professeur de géographie), Liang Xing (« Pascal »), nos parents.